Merci de respecter mes mots et mes images en ne les empruntant pas sans m'en parler avant...

lundi 21 octobre 2019

Direction

Le challenge d'une vie, probablement.
Faire vivre ensemble le corps blessé, fragile et le corps sain, rempli d'envies.
Résoudre le conflit, entre celui qui culpabilise de prendre tant de place et celui qui revendique d'exister.
Conflit intérieur, né d'une cassure dont je n'avais pas mesuré qu'elle avait imbibé toutes les couches, pas seulement coupé mon visage, tordant mon sourire.
Conflit extérieur aussi : soit je dois faire taire sa gueule au corps fragile, soit je dois hurler "je ne suis pas que ce handicap !".

Pour avancer après la vie fracassée, il a fallu dire "chut" au côté blessé, espérant qu'il obéirait et me laisserait reprendre la vie normale, celle où on râle mais parce qu'on ne sait pas la chance du corps qui suit, parce qu'on ne voit pas ce qu'un travail, un couple, une famille, des amis qui ont le même mode de vie, ça apporte de bien. (Si ça n'apporte rien de bon, c'est qu'il y a un problème). 
Mais le corps blessé a crié, fort : si tu ne t'occupes de pas de moi, tu vas exploser ! Alors j'ai écouté, pris soin. Essayé de faire vivre l'autre à côté. Une fois l'un, une fois l'autre. En faisant des deals. En forçant. En m'écroulant. En gagnant parfois. En me fracassant contre le même mur, toujours. En recommençant. En cherchant.
Maintenant, je sais. Le sacré défi : les faire vivre ensemble. Cohabiter. Coexister. C'est la direction à prendre. Je sais ce que ça fait, le sentiment de complétude. C'est ce que je ressens depuis la première minute passée en compagnie du jeune homme coiffeur. Toujours là, plus que jamais, dans un contexte d'amitié toujours peu conventionnel. Je sais donc vers quoi aller. 
Une direction, ça donne la possibilité d'un plan d'actions. Ça veut dire explorations, et joies possibles.
Alors je regarde quelle est ma tribu, qui peut m'aider. Par quels moyens, j'arrive à les faire vivre ensemble, ces deux corps. Puisqu'aucun n'abdique. Je suis attentive à ce qui prend soin des deux, dans le même temps si possible.

Le challenge d'une vie, sûrement. Mais c'est précieux une direction. Ça permet d'être mieux au présent.


dimanche 6 octobre 2019

Nidification

Dans le bruit de la pluie,
et du Derby,
mener les livres de poésie
sur l'ancienne étagère
d'une grand-mère
nommée Mutti.

En quelques gestes, une pièce bureau
réchauffée. D'autres rideaux,
un changement de tapis,
pour faire le nid.


(ps : je tente la modération des commentaires, apparemment ça facilite la vie des commentateurs).

dimanche 29 septembre 2019

De vieux mots

"Trop grande" et "trop intello". Les mots des copinages adolescents, écrits sur des cahiers que je n'avais pas jetés. Aussi des "je ne te comprends pas toujours", des "je ne pensais pas que c'était possible d'être amie avec toi".
Tellement révélateurs dans mon regard d'adulte, ces petits mots de rien qui trainent la tristesse d'amitiés faussées, qui ne pouvaient pas me donner la confiance en moi.

Mais un "peut-être que tu trouveras enfin le prince charmant" d'un copain au lycée, amitié jamais définie ainsi, plutôt complicité de se retrouver dans la même classe année après année depuis le primaire, et de passer quelques cours ennuyeux sur la même table. Certes, il enchaine sur "qu'est-ce que tu penses du Père Noël ?" - et le temps semble lui donner raison : je n'ai probablement de chance qu'avec un mec imaginaire - mais il y a eu un garçon qui m'a écrit que j'étais une fille de 16 ans qui pouvait rêver d'amour.

Rouvrir les vieux journaux secrets ?

samedi 21 septembre 2019

Liste du jour

Une invit' à prendre un café, des sourires, une peau qui touche la mienne, un "on se voit mardi ?"
Une quiche à l'oignon et un cookie coco-chocolat.
Des pas jusqu'à assez loin, mine de rien.
Un livre d'une autrice russe pris dans une boite à partage.
Deux Bisounours superbes laissés au vendeur qui dit "ça cote un bisounours". Mon cœur chagrin : chez moi, ils auraient eu des amis.
Un roman jeunesse acheté qui me fait une idée qui m'amuse : une collection de romans "coiffeur".
Des stroumpfs choisis avec amour, qui iront rejoindre mon filleul du Canada à Noël.
L'étagère de ma grand-mère/marraine, le meuble resté jusqu'au bout, qui viendra agrandir ma bibliothèque.
Une idée de mon père pour réorganiser ma pièce bureau, à tester.

vendredi 20 septembre 2019

Points d'appui

Ce jour, les grandes fenêtres sont lavées ;
Dans la boite aux lettres, le livre de poésie gagné.
Au soir, hier, j'ai pu sortir.

J'ai les désirs,
Je cherche les points d'appuis.

dimanche 15 septembre 2019

Décisions

C'est un peu avec l'énergie du désespoir mais je fais de mon mieux avec ce que j'ai à ma disposition.

Je tente l'apport d'une molécule (acide aminé) intervenant dans la production d'énergie par les cellules, prescription de mon médecin anti-douleur qui me parait cohérente avec mes observations. Et puis je vais rapprocher mes séances psycho-corporelles, que jamais je ne trouve inutiles, tant pis pour l'argent que j'aurais voulu mettre ailleurs. Je voudrais tellement en finir avec ces vagues de fatigue fracassantes qui m'ont fragilisée comme l'eau effrite la roche des falaises. En finir ou bien trouver comment devenir rocher qui, à défaut de rétrécir, s'arrondit, se polit.

Je modifie l'ordre des choses et de la décoration dans mon appartement. Je trie, je range autrement, je reprends contact avec ce qui était oublié, et je choisis d'oublier ce qui ne me met plus en joie, ce qui me met en insécurité.

Je veux retrouver le chemin de l'écriture. Pas complètement perdu : il y a un recueil de poésie illustrée en parution "à venir" - j'ai relu et j'aime le travail que j'ai accompli avec ce livre qui sera mon 6e avant la fin de l'année, j'espère - et le 2e roman est sous forme d'idées qui mûrissent et de recherches par-ci par-là, et j'ai des morceaux d'histoires commencées. Pas complètement perdu donc mais comme mis de côté, très occupée par mon corps par nécessité. Je voudrais reprendre, continuer l'écriture, c'est ce que ce p* de cavernome ne m'a pas pris. C'est la seule chose qui est dans la vie que je voulais (la vente est une autre histoire).

jeudi 12 septembre 2019

Parler de moi

Elle m'a écrit, cette grande amitié d'enfance perdue dans les chemins d'adolescence, retrouvée dans cet improbable enchainement des événements qui arrive parfois  - et que je ne peux que lier à ma grand-mère/marraine qui a fini sa vie ici-bas et a remis sur ma route cette fille en souffrance de n'avoir pas compris à 12 ans, ce que je n'avais pas compris non plus, le basculement de ma vie dans autre chose : "parle-moi de toi".

Je ne sais plus parler de moi. A part à ce jeune homme trésor qui m'est toujours aussi précieux, et un petit groupe de filles qui existe pour ça, sur les réseaux sociaux.
Je ne sais plus parler de cette vie qui ne ressemble à rien. Dit-on "j'ai une vie de fille seule, qui essaie d'avancer au milieu des vagues de douleurs et de fatigues qui reviennent inexorablement et rendent tout friable,  instable, sans sécurité jamais" ? Mes amitiés anciennes, ces personnes censées m'aimer, n'ont plus le temps et plus l'envie, pris dans leurs vies à eux, difficiles aussi, sûrement, mais normales, avec des câlins d'enfants, au moins une personne avec qui vivre, un métier qu'on peut nommer, dont on peut se plaindre, qui donne une place, un salaire, un appartement ou une maison qu'ils ont pu acheter (quand moi mon destin dépend des choix de mon propriétaire).
Écrivain, ça ne donne un statut que si on vend, et ce que j'écris est hors case comme ce que je suis, et il ne suffit pas d'écrire, il faut avoir l'énergie de la communicante commerciale... je ne l'ai pas. Écrivain, ça donne un statut si on peut répondre "j'ai un livre à paraitre et un livre en court de travail qui avance", si on "produit". Moi je suis une tortue, occupée à gérer un corps tenace mais épuisé.
Écrivain, ça donne un statut si l'autre en face est capable de dire autre chose que "et tu en vis ?", "et sinon tu fais quoi ?", et un silence poli quand tu essaies de répondre à "tu écris quoi ?"... non, pas des polars, pas des thrillers, pas du best-seller...

Je ne sais plus parler de moi parce que je n'aime pas cette vie. J'aime la vie. Je peux parler de ce que j'aime, de toutes ces petites joies que je sais voir et savourer. Mais ça n'enlève pas le manque d'amours avec qui partager, les batailles et les victoires qui ne me mènent pas là où je voulais aller mais toujours à ce chemin de vieille fille handicapée qui n'est pas la réponse que je voudrais donner à "parle-moi de toi"...